Réflexions sur le Sauvetage de l’Économie Tahitienne

Mon premier article paru dans Tahiti Pacifique Magazine n° 250 Mars 2012.

Cet article est le résumé d’une correspondance entre trois décideurs polynésiens, nommément Gilbert Wane (entrepreneur et perliculteur), Franck Tehaamatai (perliculteur) et Nick Toomaru, lequel œuvre plutôt dans le monde “protégé” du secteur parapublic. Le débat concerne l’économie et la « Charte de Maohi nui », un projet de plan de développement déposé depuis le 18 novembre 2011 sur le bureau de l’assemblée de Polynésie française. Il propose notamment de négocier avec l’Etat des accords pour redresser l’économie du pays, dans un cadre similaire aux Accords de Matignon et de Nouméa. « En effet, la dette nucléaire est réelle et reconnue par l’Etat. Il n’est toujours pas étudié par les représentants et la commission des affaires économiques du Pays alors que le pays a plus de 80 000 personnes vivant dans la précarité et la pauvreté et plus de 10 000 pertes d’emplois », écrit M. Toomaru.

Selon M. Tehaamatai, le problème consiste en « comment réduire le coût de notre budget de 2012 de 130 milliards Fcfp environ, soit 2,5 milliards par semaine ou 64 millions par heure de travail ? Et je ne parle même pas des communes. Pouvons-nous continuer à payer 64 millions par heure pour équilibrer ce budget ? Avons-nous encore les énergies nécessaires pour y parvenir ? Les Polynésiens sont-ils d’accord pour payer encore plus d’impôts pour y arriver, car nous sommes et seront de moins en moins nombreux a pouvoir payer des impôts… On ne remplit pas une cuve sans fond et sans robinet étanche… » Lisez donc l’analyse de la grave situation et les réflexions de Gilbert Wane, pour une fois que nous avons trouvé à Tahiti une personne économiquement lucide, de dimension internationale et, qui plus est, sait coucher ses pensées sur le papier. Alex du Prel

Alex du Prel | Île en île
Alex du Prel fondateur de Tahiti Pacifique Magazine. Il m'avait appelé la dernière fois pour me demander de simuler les prélèvements obligatoires (cotisations CPS + CST) à partir d'un bulletin de paie. Merci encore Alex!

ON NE PEUT qu’applaudir toutes ces initiatives, mais je pense que dans le contexte actuel, les gens sont un peu “fiu” de tout ce tapage médiatique sur le débat de notre avenir du Fenua. On a vu tellement de rapports et d’études faites… sans qu’il n'y ait eu de changement de paradigme. J’ai ma version sur les causes de ce constat d’échec. Elles sont de notoriété publique, mais je trouve que le débat n’est pas suffisamment focalisé sur leurs conséquences graves. J’entends souvent dire ceci : « La plupart des initiateurs de ces plans sont des acteurs dans le cocon du “secteur protégé”; ils ne sont donc pas les mieux placés par rapport à ceux qui sont dans la “jungle économique” ».

Effectivement, cela me fait rappeler une situation où un élu fonctionnaire prend l’initiative de nous montrer comment créer notre propre emploi ! L’initiative est heureuse mais disons que le style « faites ce que je vous dis mais pas ce que je fais » a pris une saveur de “déjà-vu”. Car je crois que celui qui est dans “la jungle” aura plus de chance d’être écouté qu’un fonctionnaire bénéficiant de la sécurité de l’emploi qui veut montrer l’exemple de survie économique.

Le secteur public a toute sa place dans un bon système de gouvernance. Mais le problème de Tahiti est le suivant : notre PIB dépend à plus de 70% des dépenses du secteur public qui paye en moyenne 30% en plus du salaire moyen du secteur privé. Comment développer notre économie “communiste” car proche de celle de Cuba, en encourageant le secteur privé ?

En effet, selon le site Wikipedia.com, le classement mondial 2011 du poids des dépenses publiques dans le PIB des pays (Government spending as % of Gross Domestic Product) est le suivant :

  1. Kiribati : 114,6% (21 atolls habités par
    103 000 Micronésiens)
  2. Zimbabwe : 97,8% (dictature africaine)
  3. Timor-Leste : 97,0% (île au nord de
    l’Indonésie)
  4. Cuba : 78,1%
  5. Maldives : 63,1%
  6. Micronésie : 62,3%
  7. Islande : 57,8%
  8. France : 52,8% (49% en 2003)

En supposant que la méthode de calcul soit similaire à celle de l’INSEE avec les dépenses des Administrations publiques (APU), on constate que les pouvoirs publics en Polynésie française interviennent autant que Fidel Castro dans l’économie communiste de Cuba !

A titre indicatif, ci-dessous ce même classement mis à jour pour 2020 :

Selon des économistes de l’Université de PF, en 2003 la Polynésie affichait déjà 71% de ressources publiques dans le PIB de PF. Ainsi, comme nos dépenses publiques ont baissé moins vite que notre PIB (-2% depuis 2008), on pourrait conclure que nous sommes devenus le quatrième pays au monde à dépendre le plus des ressources publiques. Le chemin vers l’indépendance économique à l’égard des transferts de l’Etat, sera donc très long et laborieux. Je ne vois tout simplement pas comment la « capacité fiscale du secteur privé » pourra se substituer aux fameux transferts de l’Etat.

Chaque pays est unique. Mais le fait que Tahiti soit au même niveau que Cuba en pourcentage des dépenses publiques sur notre PIB, démontre le degré de “soviétisation” de notre politique économique suivie jusqu’à présent. Cela me fait rappeler également le modèle français de la période des “Trente Glorieuses” (1946 à 1975), qui a été un modèle économique basé avec succès sur le “système soviétique“ (lire “Le modèle français : grandeur et décadence”, de Jacques Lesourne) mais qui, depuis, n’arrive plus à s’adapter à la mondialisation !

Que l’on soit indépendantiste ou autonomiste, la meilleure stratégie à long terme pour sauver notre Fenua de ce genre de dérive, c’est par l’option économique. Il faut se battre quotidiennement pour que notre économie soit florissante de manière à ce que le secteur privé en priorité puisse donner du boulot à nos Polynésiens. Certes, il peut y avoir certains facteurs bloquants venant de l’Etat ; mais que l’on soit suffisamment intelligent pour travailler avec l’Etat et pas contre l’Etat.

Quant à ce nouveau plan appelé “Les accords de Maohi Nui”, je suis surpris qu’il ne mentionne nulle part le poids démesuré du secteur public dans notre économie. Il comporte seulement un passage qui mentionne que l’absence de politique publique depuis 2000/2001 n’a pas permis à l’Administration d’être efficace.

Sur ce point précis, je dis que le Fenua est malade de ce qu’il a de plus précieux, son secteur protégé. Exemple : son interventionnisme dans la perliculture qui a totalement chamboulé le contexte concurrentiel entre producteurs ; nous accusons aujourd’hui les conséquences d’une politique sociale faite avec un produit de luxe, la perle. Oui c’est la faute au politique et pas à l’Administration qui ne fait qu’exécuter. Mais le véritable problème est au niveau de la disproportion entre le secteur public et le secteur privé. C’est de notoriété publique !

Donc déjà là, nous avons une divergence fondamentale qui conditionne ensuite la solution à retenir. A mon humble avis, les essais nucléaires ne sont pas une raison valable d’avoir surdimensionné le secteur public au point d’avoir étouffé le secteur privé. Les retombées économiques du nucléaire ne devraient pas être un exutoire sempiternel pour expliquer les dérives d’une mauvaise gouvernance. Oui l’Etat a déversé de l’argent ici, mais de là à insinuer que le secteur protégé surdimensionné est dû aux essais nucléaires, je reste sceptique. En tout cas, les causes de cette omniprésence du secteur protégé ne peuvent pas venir du secteur privé !

Quant à dire que le secteur privé et les consommateurs sont les moteurs puissants de notre économie, je dis chiche ! Il faut espérer que la composition de la prochaine assemblée de PF soit départagée entre 50% du secteur privé et 50% des consommateurs. Ce serait peut-être la “Dream team” de 2013.

Je saisi cette occasion pour inviter à étudier le succès mondial du modèle de développement de Singapour. Il faut bien sûr s’en inspirer et ne pas copier car il y a des différences importantes avec notre Fenua. Eux-mêmes l’avouent : "Nous n’avons pas trouvé de recette miracle. Nous avons simplement observé ce qui se faisait ailleurs. Quels que soient les problèmes que rencontre Singapour, quelqu’un, quelque part, les a déjà résolus. Nous copions les bonnes pratiques – l’éducation primaire d’Israël, les universités américaines, les musées de France – et les adaptons intelligemment à nos besoins. Aujourd’hui, c’est à notre tour d’être copiés, et nous nous en réjouissons."

L'exemple de Singapour

En général, je pense qu’une diversification de la formation de nos jeunes au Lee Kwan Yu School of Public Policy afin de mélanger la culture de notre administration, serait une heureuse initiative pour le long terme.

Lee Kuan Yew School of Public Policy logo.png

Dans le privé, le pragmatisme et le flair commercial priment sur l’intellectualisme : soit tu es bon et tu survis dans la jungle, soit tu n’arrives pas à t’adapter et tu disparais. Souviens-toi de la sélection naturelle de Darwin ; heureusement, elle est inconnue dans le secteur protégé.

Expériences d’un entrepreneur

A titre d’information, par mon expérience de près de 30 ans dans le secteur privé, voici grosso modo l’idée générale des statistiques de mes résultats :

  • sur 100 projets potentiellement rentables que j’ai étudiés : je n’ai retenu que 20 projets me garantissant une vraie rentabilité ;
  • sur ces 20 projets proposés aux bailleurs de fonds, seulement 10 ont été retenus par ces derniers ;
  • sur les 10 retenus par les bailleurs de fonds, je n’en ai concrétisés que 5, souvent faute de moyen financier ;
  • sur les 5 projets réalisés, 4 sont tombés en faillite ou ont été écartés pour une raison quelconque comme pour le cas du projet Digicel et 1 est devenu rentable ;

Donc en résumé pour ma part, j’ai échoué 4 fois plus en ne réussissant que 1% de mes projets pensés au départ ! D’autres entrepreneurs ont certainement fait mieux que moi, mais en tous les cas, j’essaye de maintenir tant bien que mal mes employés actuels, tout en étant à l’affût d’opportunités de destructions créatrices également inconnues en secteur protégé. « Le privé seul ne peut rien, le politique seul ne peut rien. » Je ne dis pas le contraire. Le privé assure sa survie économique comme il a toujours fait. Il est malheureusement obligé de dégraisser parfois son personnel pour survivre : depuis 2007-2008, on cite 10 000 licenciés et un chômage entre 20% à 25%.

A titre personnel, je n’ai jamais autant licencié dans ma vie d’entrepreneur, jusqu’à mon dernier projet Digicel qui a été "torpillé" en pleine assemblée de PF par le vote d’une loi anti-Digicel adoptée le 5 octobre 2010. Je ne suis pas très fier de ma contribution à cette détresse sociale, en ayant laissé 25 salariés supplémentaires sur le carreau (alors que j’avais reçu des milliers de demandes d’emploi au moment de l’embauche !).

Aujourd’hui je pense que c’est au tour du secteur public d’avoir des difficultés à payer son Administration, principalement parce que le secteur privé pourvoit moins de recettes fiscales à cause d’une baisse d’activité : le PIB. Etant donné que le secteur public ne dégraisse pas automatiquement comme le secteur privé (le licenciement économique étant une notion étrangère dans la Fonction publique), on comprend mieux la démarche d’un plan pour demander une implication financière supplémentaire de l’Etat. Mais est-ce vraiment un plan réaliste à long terme si c’est pour maintenir coûte que coûte le poids actuellement démesuré du secteur public ?

Pour le Pays, le chef d’entreprise est plus rentable à s’occuper de créer encore plus d’emplois avec ses nouveaux projets. En premier, la viabilité d’une entreprise trop dépendante de la commande publique ne doit pas obliger un gouvernement quelconque à assurer continuellement un programme d’investissements. Certes le gouvernement doit privilégier son budget d’investissement sur celui du fonctionnement, mais les entreprises doivent aussi diversifier leur clientèle. On vit dans un petit village à Tahiti et je comprends la remarque « que certains se sont enrichis grâce au CEP ». Ce qui est vrai ! Oui, maintenant, il faut savoir pourquoi certains se sont enrichis et pas d’autres. Quand c’est souvent les mêmes qui risquent leur argent et qui réussissent dans les affaires, on tend à la réaction spontanée d’être dans « la république de l’envie » (pour ne pas citer dans la jalousie) comme un professeur de Sciences Po l’aurait dit.

Les vrais héros

Les vrais héros (c’est un choix personnel) sont ceux qui baignent quotidiennement dans la culture de l’initiative privée et de la prise de risque. C’est grâce à eux qu’une économie est florissante et dynamique. Fernand Braudel le décrit si bien dans “La dynamique du capitalisme”.

On en a un aperçu au marché de Papeete tous les dimanches vers 5h du matin. Ce monde qui bouillonne, tous attirés par “l’appât du gain”, c’est une bonne image de notre économie libérale. Ceux qui ont réussi dans leurs entreprises ne se sont pas contentés d’attendre que les transferts de l’Etat tombent dans leurs poches. Il fallait aussi en vouloir pour faire mieux que ceux qui n’avaient pas le goût du risque (à chacun sa tasse de thé).

Quant à dire que des fortunes ont été bâties grâce aux taxes du pays, cette conception restreinte de la réussite m’attriste. Si la réussite était aussi facile que de profiter des taxes, il y a longtemps que la pauvreté aurait disparu à Tahiti ! Plus précisément, si on fait référence à des défiscalisations injustes, il faudrait effectivement revoir les textes sans les tailler sur mesure pour ou contre des cas bien ciblés, au risque d’être contestés par un recours pour excès de pouvoir, voire pour détournement de pouvoir.

Ayant travaillé quasiment tout le temps pendant près de 30 ans dans le secteur primaire, j’ai toujours conseillé aux jeunes (à commencer par mes enfants) de ne pas lorgner une place dans l’Administration. Le privé est tellement plus actif et moins ennuyeux (c’est encore un choix personnel). Je suis heureux que notre système de méritocratie privilégie ceux qui croient en leur labeur, leur goût pour l’initiative privée et leur clairvoyance dans les affaires. Bien sûr, il ne faut jamais oublier ceux qui n’arrivent pas dans l’ascenseur social. C’est toute la problématique de la redistribution des richesses.

Alors que l’Amérique est connue pour donner la chance à tout le monde (the land of opportunities), Tahiti a aussi donné à ma famille Wan(e) l’opportunité de réussir dans la vie. Heureusement que ce n’est pas une anomalie d’être récompensé par “l’appât du gain”. A moins de vouloir bâtir un système dans lequel peu importe ton labeur, ton goût pour l’initiative privée et ta clairvoyance : on nivelle tout le monde par le bas pour mettre en avant la lutte des classes, en tant qu’alternative au capitalisme. C’est le modèle de Karl Marx prônant l’émancipation des travailleurs qui doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes : un modèle qui connaît peu de succès de nos jours car on a vu son coût pour l’humanité.

Je dois mes valeurs et mes convictions à mes deux oncles (Robert et Louis) qui m’ont tant prodigué de conseils en « bons pères de famille » durant mon enfance. Grâce à leur labeur, leur goût pour l’initiative privée et leur clairvoyance dans les affaires, leurs entreprises peuvent justifier actuellement de donner du travail à plus de milliers de Polynésiens. Par leurs efforts, ils ont pu élever le niveau socio-économique de la famille que certains louent et que d’autres critiquent ; ce que je comprends à cause de notre nom.

Pourquoi une grande partie de la population continue-t-elle à affluer vers les Carrefour ou Champion, malgré les critiques de certains ? La clientèle doit quelque part trouver son compte en ayant de meilleurs prix et un meilleur service. Oui la position dominante décriée a été provoquée par la concurrence. Je comprends donc le paradoxe pour la défense des consommateurs qui crient au scandale pour demander encore plus de concurrence !

Pour avoir plus de justice économique, je pense que la meilleure façon d’aider le Fenua, c’est d’aller dans l’arène de la concurrence, de créer des emplois et de casser les prix qui seraient « anormalement élevés ». Les nouveaux concurrents devront être très compétitifs. Il faut donc les encourager à prendre des risques financiers, à s’endetter, à investir et à se lancer dans la concurrence. Ce sera le moyen le plus efficace pour aider notre économie en berne :

  • les consommateurs auront de meilleurs rapports qualité - prix ;
  • les banques seront contentes de prêter avec des garanties sur les biens personnels
  • la création d’emploi augmentera ;
  • les recettes fiscales augmenteront pour remplir les caisses vides du Pays.

“L’investisseur social” M. Falletta de Casino vient de se lancer. Il faut espérer que d’autres suivront pour renforcer l’émulation. Peu importe les moyens au départ, c’est l’esprit d’initiative qui compte, et vive la concurrence ! (P.S. : Malheureusement M. Falletta est vite tombé en faillite; voir Polynésie 1ère du 29/02/2016).

“Les accords de Maohi Nui”

Je rappelle que le plan de redressement proposé dans “Les accords de Maohi Nui” repose sur cinq idées principales avec des propositions de taxes supplémentaires. Les voici :

  • La réduction des inégalités
  • L’amélioration du pouvoir d’achat
  • La protection de l’emploi local
  • La création et insertion par l’emploi
  • La création de mécanismes de développement économique
  • Des taxes additionnelles estimées à 30 milliards Fcfp en recettes pour le budget du Pays :
    • 11 milliards Fcfp de taxes provenant des transactions bancaires locales; les banques vont certainement les répercuter sur leur clients 2,7 milliards Fcfp de taxes provenant des transactions bancaires internationales; les banques vont là encore certainement les répercuter sur leur clients
    • taxes sur les achats de devises. Combien ?
    • taxes sur les 206 milliards Fcfp de salaires déclarés à la CPS. Combien ?
    • 200 millions Fcfp de taxes sur les permis de construire.

Je suis impressionné par cette liste de taxes supplémentaires. A mon humble avis, avant de lancer un énième plan de relance, je réfléchirais à la moralité de l’anecdote suivante : Une personne a depuis des années largement dépassé le fameux Indice de masse corporel (IMC). Elle se plaint toujours d’avoir des problèmes de santé liés au diabète, au cholestérol et aux maladies cardiovasculaires. A chaque fois qu’elle va voir son médecin, ce dernier lui répète la même question : as-tu essayé de manger moins et mieux (voir le film Food Matters) et d’être moins sédentaire ? A chaque fois, le patient ressort du cabinet médical, toujours perplexe devant la solution “simpliste” de son médecin.

Je fais ici allusion à un possible quiproquo entre les intervenants. Le secteur public a bien sûr sa place pour encadrer, corriger et accompagner une économie libérale d’apparence anarchique, mais finalement suffisamment en pilotage automatique” grâce à la “main invisible” d’Adam Smith. Mais notre secteur public (valeur ajoutée dégagée par les administrations publiques APU) pesait déjà en 2003 pour 71% du PIB !

La France donne 490 millions Fcfp par jour à la Polynésie… Par ailleurs, même avec les 179 milliards Fcfp de transferts de l’Etat en 2010 (ce qui représente 490 millions Fcfp par jour injectés pendant 365 jours par an !) notre gouvernement avait des difficultés à payer son administration locale. Avec en 2008 un prélèvement obligatoire sur le PIB (38% = impôts + CPS) parmi les plus élevés de l’OCDE, toutes les augmentations de taxes diverses, comme les 30 milliards Fcfp de recettes supplémentaires cités par les “Accords de Maohi Nui”, alourdiront encore la compétitivité du secteur privé.

Donc avant de relancer la machine publique comme vous le préconisez (plus de contrôle, plus de répression, plus de textes réglementaires et plus de taxes) pour capter 30 milliards Fcfp de recettes supplémentaires, je me poserais la question suivante : devons-nous garder le même poids du secteur public pour créer plus d’emploi ? Sur cette question préalable avant d’entamer les cinq mesures que vous préconisez, je reste très sceptique, même si votre document “Accords de Maohi Nui” a reçu un large consensus.

Comme certains disent, “back to basics” ou “retour aux fondamentaux”. A ce titre, j’ai deux idées clés malheureusement absentes dans les “Accords de Maohi Nui” : la confiance du secteur privé pour redonner
de la croissance économique. Sans cette confiance, pas de croissance ! A moins de continuer notre lancée pour plus de dépenses publiques dans le PIB.

L’exemple de la Nouvelle-Zélande

J’ai une meilleure idée. Sortons des sentiers battus et je te suggère vivement de lire les commentaires ci-dessous de Maurice McTigue, un politicien qui a participé activement à la réforme du service public néozélandais. Il est professeur enseignant au Georges Mason University (Mercatus Center).

Maurice P. McTigue | Mercatus Center
Maurice McTigue

La situation relatée ressemble curieusement au cas de Tahiti. Voici ce que dit M. McTigue, qui a reçu l’une des plus hautes distinctions de la reine Elizabeth II pour son travail dans
l’Administration néo-zélandaise :

« …une explosion gigantesque des dépenses publiques. Elles ont pu représenter, dans certains pays, jusqu’à 35 à 45 % du PNB. Dans le cas de la Suède, les dépenses publiques sont allées jusqu’à représenter 65 % du PNB, ce qui a conduit à une quasi destruction de son économie… Cette augmentation continue des dépenses publiques peut-elle être arrêtée ? Est-il même possible de faire machine arrière ? Pour moi, et en me fondant sur mon expérience vécue, la réponse est positive. Mais une telle volte face requiert de la part de ceux qui conduisent ce changement un grand art de la communication pour faire comprendre les buts poursuivis et les moyens mis en œuvre. Il faut aussi avoir le courage de prendre le risque de se tromper, et aussi celui de tirer les leçons de ses erreurs… La question était : comment ? La première chose à faire dans ce cas est bien évidemment de se demander si tous les fonds dépensés par l’Etat produisaient des résultats tangibles pour les citoyens de Nouvelle-Zélande. Pour être sûr que ce serait désormais le cas, nous avons complètement changé la méthode de détermination des budgets alloués à chaque agence gouvernementale. Ainsi, nous avons en quelque sorte passé un contrat avec les responsables de ces agences : nous leur avons demandé de nous préciser clairement les résultats concrets auxquels ils comptaient aboutir avec les fonds ainsi mis à la disposition de leurs administrations. Nous avons aussi changé le mode de recrutement de ces hauts responsables administratifs : nous avons recruté ceux que nous jugions les plus compétents pour ces fonctions, non seulement en Nouvelle-Zélande mais encore dans le monde entier, sur la base d’un contrat de cinq ans, renouvelable éventuellement pour trois ans supplémentaires. Ils ne pouvaient être licenciés avant la fin de leur contrat que s’ils n’avaient pas atteint les objectifs sur lesquels nous nous étions mis
d’accord avec eux ; ainsi cela stabilisait leur position en cas d’élections conduisant à un changement de majorité gouvernementale. Motivés par cette obligation de résultats, ces hauts fonctionnaires n’avaient d’autre choix vis-à-vis de leurs subordonnés directs, tout comme les dirigeants du secteur privé, que de leur fixer aussi des objectifs très clairs et leur faire comprendre qu’eux aussi avaient une obligation de résultat…

Les moyens d’atteindre les objectifs fixés comme, par exemple : comment réduire le nombre de mal nourris ou de sans-logis ? Au passage, je signale que la question posée n’était pas de savoir comment l’Etat pourrait assurer à chacun ses besoins alimentaires ou un logement suffisant. La vraie question était de savoir comment il pourrait y avoir moins de personnes mal nourries ou mal logées. En d’autres termes, comme nous l’avons clairement fait comprendre à nos interlocuteurs, le succès ne serait pas mesuré par le nombre de personnes qui bénéficieraient des subsides gouvernementaux en ces domaines, mais par le nombre de personnes qui cesseraient de dépendre des aides gouvernementales et deviendraient ainsi capables de subvenir par elles-mêmes à leurs propres besoins…

Ce que j’appellerais une révolution silencieuse : les gens veulent maintenant savoir si l’argent dépensé par leur gouvernement a réellement été utilisé à bon escient. Autrefois, il leur suffisait de savoir que les fonds publics n’avaient pas été détournés de l’affectation décidée par leur gouvernement. Aujourd’hui, ils veulent connaître concrètement les services qu’ils ont reçus en échange de ce que leur prélèvent les pouvoirs publics…

Enfin venait une dernière question : qui devaient payer les services que rendent les administrations gouvernementales : les contribuables ? les usagers ? les consommateurs ? les entreprises ? Cette question est importante car, dans de nombreux cas, les contribuables financent un certain nombre de dépenses dont ils ne reçoivent, en définitive, aucun avantage. Et si on ne fait pas payer le coût d’un service par ceux qui l’utilisent, d’une part, on incite au gâchis et, d’autre part, les services rendus perdent leur vraie valeur…

Les dépenses publiques représentaient plus de 44% du PNB, les capitaux fuyaient le pays en masse, et l’Etat s’impliquait de mille et une façons et dans les moindres détails de la vie économique… Le contrôle des prix s’étendait à tous les biens et services, quelle que soit l’activité… Quand nous nous avons engagé ce processus au ministère des transports, celui-ci employait 5 600 personnes. A la fin du processus, il n’y en avait plus que 53.

Pour l’agence des forêts, nous sommes passés de 17 000 personnes à 17. Le ministère de l’industrie employait 28 000 personnes. J’étais alors ministre de l’Industrie. A la fin du processus, il ne restait qu’une personne, moi-même. La principale activité de ce ministère était la conception et la construction d’unités de production industrielle mais il n‘est pas nécessaire d’être employé de l’Etat pour être compétent et capable en ces domaines. On va me dire : “ Vous avez détruit tous ces emplois ! ” Grossière erreur ! L’Etat a bien cessé d’utiliser son personnel pour effectuer toutes ces tâches ; elles n’ont pas disparu pour autant et il a bien fallu trouver des gens pour les accomplir. J’ai rencontré un certain nombre de travailleurs forestiers quelques mois après leur licenciement par le gouvernement ; ils étaient loin d’être malheureux. Ils m’ont dit qu’ils gagnaient maintenant trois fois plus que ce qu’ils gagnaient auparavant ; bien plus, ils avaient découvert avec surprise qu’ils avaient pu augmenter leur productivité d’environ 60 % par rapport à leur productivité antérieure ! Le phénomène a été similaire dans tous les domaines que je viens de prendre en exemple…


« C’est pourquoi nous avons privatisé les télécommunications, les transports aériens, les services d’irrigation, les entreprises informatiques, les imprimeries gouvernementales, les compagnies d’assurances, les banques, les institutions financières, les institutions de crédit immobilier, les chemins de fer, les transports routiers de personnes, les hôtels, les transports maritimes, les firmes de conseils du monde agricole, etc. Au total, le transfert au secteur privé de toutes ces activités s’est traduit par une augmentation de leur productivité et une baisse des prix de leurs produits ou services. Ce fut, en définitive, un gain net important pour l’économie du pays. Il a aussi été décidé que d’autres administrations étatiques pouvaient être gérées comme des entreprises du privé…

Parlons maintenant de cet envahissement de la société civile par l’Etat au travers des multiples formes de subventions et d’aides gouvernementales. Il faut bien mesurer, pour traiter de cette question, les conséquences d’une telle politique : trop d’assistance gouvernementale crée une mentalité d’assistés ; et, quand se répand une telle mentalité, les gens perdent leurs capacités d’innovation et de créativité, et ont de plus en plus besoin d’être assistés….

J’en viens maintenant aux problèmes que posait notre système éducatif. Il était en complète déconfiture : c’était notamment un échec complet pour environ 30 % des enfants scolarisés et particulièrement pour les enfants venant principalement des zones économiquement et socialement les plus défavorisées. Depuis vingt ans, il avait été consacré toujours plus d’argent à l’éducation mais les résultats empiraient d’année en année. En vingt ans, les sommes consacrées à l’éducation avaient doublé, avec des résultats plus mauvais qu’au départ. Nous en avons conclu qu’il fallait réfléchir très sérieusement à ce problème. Nous avons tout d’abord cherché à voir à quoi servait précisément tout l’argent consacré à l’éducation nationale. Et comme nous n’étions pas sûrs de l’objectivité des services gouvernementaux, nous avons confié cette mission d’investigation à des consultants internationaux. Ils ont fait apparaître que 70 % des fonds consacrés à l’éducation nationale allaient au financement des services administratifs. En conséquence, nous avons décidé immédiatement de supprimer tous les Conseils d’Education (« Boards of Education ») du pays. »

Voici d’autres commentaires de M. Donald Brash, gouverneur de la banque centrale de Nouvelle-Zélande. Il fait un bilan assez positif des réformes entamées dans les années 1980 dans son pays et loue les idées libérales de Frederick von Hayek en opposition à celles de Keynes qui prône l’interventionnisme comme notre culture économique héritée de la France.

En opposition à ce bilan positif, il y a aussi les altermondialistes qui pensent que la Nouvelle-Zélande n’a pas choisi la bonne voie; voir par exemple le livre de M. Serge Halimi Le grand bon en arrière.

J’ai suivi l’évolution de la Nouvelle Zélande de 1984 à aujourd’hui : je peux affirmer que l’apport massif extérieur (en flux migratoires humains, en capitaux, en technologie) a totalement changé la mentalité des Néo-Zélandais. Ce pays est maintenant mondialement reconnu pour avoir une des économies les plus dynamiques au monde, après Hong Kong et Singapour.

Par ailleurs concernant notre secteur des télécommunications, je rappelle que l’ouverture à la concurrence sans la privatisation de l’opérateur historique est un non-sens économique qui rend intenable la position juridique du Gouvernement.

Taxes aberrantes

Oui, on galère dans le privé en général (c’est “la jungle”) car on n’a pas le revenu garanti tous les fins de mois comme dans le secteur protégé. Notre secteur perlicole continue de sombrer depuis 10 années durant lesquelles le prix du gramme a été divisé par 4 (en réalité le prix a été divisé par 8 depuis les années 1980) avec des perles de type cerclées et semi-baroques (50% d’une récolte) vendues entre 50 à 100 Fcfp pièce. Le comble est que le gouvernement continue de se sucrer sur le dos des perliculteurs avec une taxe d’exportation (DSPE) à 50 Fcfp pièce, soit une imposition de 50% à 100% (pour la moitié d’une récolte) qui a rapporté 500 millions par an en 2010 et 2011 en recettes fiscales, absorbées par le budget de fonctionnement du pays.

Le secteur perlicole en déroute a accusé des pertes en milliards de Fcfp (voir ceux qui ont arrêté depuis), principalement dépensés en charges sociales pour des employés dont beaucoup malheureusement sont depuis restés sur le carreau. Donc essayez d’imaginer des recettes fiscales divisées par 8 dans le budget du pays, impliquant des salaires du secteur protégé divisés aussi par 8 (comparé à la division par 2 proposée par le président Temaru). Je te laisse juger la détresse sociale qui aurait été causée par ce scénario fiction pour la fonction publique !


Propositions

Voici donc grandes lignes ce que je proposerais comme axes de réflexion, à approfondir bien sûr. Et qui sont différentes de celles des “Accords de Maohi Nui”. Elles ressemblent à une profession de foi politique, mais peu importe, elles reflètent au moins ma vision d’une bonne gouvernance. Je ne suis pas un fan des audits du pays, mais puisqu’on veut entendre de la part de spécialistes ce que l’on sait un peu déjà, pourquoi pas ?

Après avoir terminé “Les accords de Maohi Nui” par les « 24 penseurs », je propose de missionner un autre audit du pays, mais cette fois-ci par un organisme privé spécialisé dans l’étude des avantages concurrentiels entre les pays. Il ne faudra pas que les consultants de cette seconde étude aient accès aux conclusions des “Accords de Maohi Nui”. On pourrait ainsi comparer les deux contenus et je serais très curieux d’analyser les différences d’appréciation d’une même problématique :

  • une analyse classique venant de nos élus et de nos experts métropolitains ;
  • une analyse venant de personnes extérieurs et étrangères à notre mentalité.

Comme choix de consultant, j’ai une préférence pour The Economist Intelligence Unit (EIU) qui a une expertise mondiale dans l’étude de cas d’un pays. EIU est mondialement reconnu pour ses études qui sont scrupuleusement analysées par les décideurs du privé et du public. Curieusement, Tahiti ne figure toujours pas dans leur liste de pays analysés (alors que la Nouvelle calédonie l'est).

Les rapports que nous sommes habitués de lire venant de commis d’Etat sont certes d’une excellente qualité. Mais est-ce la source idéale pour bien prendre la mesure du contexte concurrentiel de la mondialisation ? Je suggère d’externaliser cet énième audit au même titre que Standard & Poors qui nous a donné une note BB+.

Dans le privé lorsqu’on veut bien étudier une entreprise mourante, on ne fait jamais appel à la direction de l’entreprise à analyser pour faire une auto-évaluation, ceci pour éviter un conflit d’intérêt. Cet audit externalisé devra donc définir :

  • les mesures draconiennes pour avoir les avantages concurrentiels par rapport à d’autres pays qui sont nos concurrents.
  • le nombre exact de personnes suffisantes pour gérer notre secteur public qui doit être allégé pour l’harmoniser à la capacité fiscale du secteur privé.


C’est un préalable, sinon on sera comme le patient obèse toujours perplexe face à la solution simpliste de son médecin.

Montrer l’exemple

Il y a un principe fondamental en leadership : on ne peut pas demander à autrui de faire des sacrifices sans montrer l’exemple soi-même ; cela est applicable en politique et dans le secteur public. J’exclue bien sûr le secteur privé qui concerne la propriété privée de chacun. S’il fallait l’inclure aussi, on devrait alors supprimer la notion de propriété privée pour tout partager et atteindre le stade suprême du communisme comme Karl Marx en avait rêvé. Auquel cas, on commencera à s’appeler entre nous “camarades” !

Il faut un engagement solennel pour celui qui sera aux rênes du Pays, (gouvernement et assemblée) qu’il travaillera pour un salaire symbolique proche du SMIG + un bonus sur le résultat, après avoir redressé le pays. Pour cela, il faudra fixer dès le départ les clignotants requis du tableau de bord, pour que tous nos élus de l’Assemblée et le gouvernement aient le même objectif. En tant que président du gouvernement ou de l’Assemblée de PF, il imposera (ou fera voter) la même rémunération (salaire proche du SMIG + bonus sur résultat) à tous ses ministres et représentants à l’Assemblée qui devront accepter ce sacrifice. Cette mesure est peut-être symbolique pour alléger le budget du Pays, mais je trouve tout simplement indécent de faire de la politique et de ne pas toucher aux hauts salaires fixes actuels sans obligation de résultat, alors que le secteur privé souffre avec ceux qui n’ont aucun emploi.

Dans un délai assez bref, réduire en moyenne de 30% les salaires du secteur public qui empêchent le secteur privé de se développer, puisque tout le monde rêve d’aller travailler dans le secteur protégé.

Imposer deux mandats maximum à l’Assemblée de PF afin d’encourager un renouvellement de notre classe politique. Il faut rajeunir régulièrement notre classe politique ! On est “fiu” de voir les mêmes têtes pendant des décennies commettre les mêmes erreurs.

Par contre, au gouvernement, tant que les résultats du pouvoir exécutif seront positifs, il n’y aura aucune limite pour ces fonctions à siège éjectable, au même titre qu’un PDG qui ne donne plus satisfaction à ses actionnaires est viré.

Impliquer davantage les syndicats pour créer plus d’emplois. Les chefs d’entreprises n’ont pas le monopole de la création d’emplois.

Le SMIG avec le système d’indexation des salaires et le Code du travail ne sont plus des outils appropriés dans le contexte des exportations de perles ; il faudra les adapter car toutes les industries tournées vers l’exportation peineront à être compétitives dans le contexte de la mondialisation.

Voter une loi du Pays pour faire cesser immédiatement les nombreux conflits d’intérêts qui existent entre le politique et le secteur protégé qui minent notre économie. Le pouvoir politique a tellement l’habitude de baigner dans le mélange des genres que le très francophile Aram J. Kevorkian voit l’influence de Descartes dans la culture française que les Polynésiens ont vite assimilée : « Les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies… ». Nos gouvernants sont devenus des fervents de la « vérité subjective ». Ils trouvent tout naturel de ne consulter que leur propre esprit pour ne pas constater un « conflit d’intérêt » dans leur quotidien. Dans Tahiti-Infos du 15 et 18 novembre 2021, m'ont interpellé trois articles dont les titres évocateurs ne surprennent plus personne :

Voter une loi du Pays pour faire cesser les “parachutes dorés” qui existent entre le politique et le secteur protégé. Il est de notoriété publique que beaucoup de nos dirigeants politiques "pantouflent" et participent à une “noria” d’affectations entre la sphère politique et le secteur protégé. On doit choisir au départ : si on fait de la politique, on abandonne son statut du secteur protégé et on accepte de recommencer à zéro dans le privé après avoir terminé son mandat politique. Ceux qui pantouflent dans le privé ne me gênent point puisque que ces entreprises ne sont ni liées ni financées par le Pays.

Quant à la fameuse redistribution de la richesse, oui, quoi de plus normal de prendre aux riches pour donner aux pauvres, sans pourtant tomber dans l’excès de tuer l’initiative privée qui engendrera une « égale répartition de la misère », pour ne citer que Winston Churchill. Si avec plus de 70% du PIB provenant des dépenses du secteur public, il y a encore un besoin urgent de « redistribuer la richesse », alors j’interpelle nos décideurs politiques sur les deux points suivants :

  • Comment faire plus pour l’intérêt général avec un PIB plombé au départ à plus de 70% provenant des dépenses publiques ?
  • Si pour l’effort de solidarité, il fallait puiser davantage dans les 30% de ressources restantes provenant du secteur privé, alors je pense qu’il faudra sérieusement songer à débattre du choix de société, car nous sommes déjà bien engagés dans un "modèle économique soviétique".

Car avec les entreprises qui font faillite les unes après les autres, j’ai bien peur que les salariés du secteur public vont devoir y contribuer plus pour combler les recettes budgétaires du Pays.

Il y a tellement d’autres choses à faire partager encore dans d’autres domaines. Mais croyez-moi, rien que l’exécution des mesures qui seront préconisées dans l’audit de l’EIU pour que Tahiti se trouve en position d’avantage concurrentiel, fera renaître le secteur privé de ses cendres.

La tyrannie du statu quo

Sitôt qu’on souhaite réformer une politique gouvernementale, qu’il s’agisse de privatiser les télécommunications ou réduire les aides agricoles, on est presque toujours confronté aux mêmes problèmes : triompher des avantages acquis, décourager les rentes de situation. Cette “tyrannie du statu quo” est la principale raison pour laquelle les mécanismes politiques sont infiniment moins efficaces que ceux du marché pour encourager un changement dynamique, pour nourrir la croissance et la prospérité. Rares sont les règles permettant de renverser cette tyrannie de l’immobilisme (la tyrannie du statu quo). Il en est une, claire, à tout le moins : s’il faut privatiser ou élaguer une activité publique, faites-le complètement. Ne recherchez pas un compromis grâce à une privatisation partielle ou à une réduction partielle du contrôle étatique. Semblable stratégie revient tout simplement à laisser dans la place un quarteron d’adversaires déterminés qui travailleront avec diligence (et souvent avec succès) à renverser la vapeur.

Milton Friedman, La tyrannie du statu quo, 1984.

Laisser un commentaire